La coronavirose du furet

La Loutre
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La coronavirose du furet

Messagepar La Loutre » 08 avr. 2021, 14:06

Pour tous les passionnés et éleveurs de furet, la coronavirose est une maladie redoutable mais dont la compréhension est parfois sujette à des interprétations erronées. L’objectif de cet article est de mettre à jour les connaissances sur cette maladie virale et de permettre aux propriétaires de mieux l’aborder lorsqu’ils y sont confrontés.

Il convient dans un premier temps de rappeler qu’il n’existe non pas une mais au moins deux formes de coronavirose dont l’expression clinique et le diagnostic seront différents. Dernièrement, un troisième coronavirus a également été mis en évidence. A l’heure actuelle son implication dans le déclenchement d’une maladie n’a pas encore été démontrée et il est possible qu’il ne soit responsable d’aucun symptôme.

La coronavirose entéritique ou Entérite Catarrhale Epizootique

Le premier coronavirus du furet a été décrit en 1993. La maladie associée à ce coronavirus a été appelée Entérite Catarrhale Epizootique (E.C.E.) ou coronavirose entéritique. Les symptômes associés sont une diarrhée verte, un amaigrissement, des douleurs abdominales associées à une augmentation de taille des ganglions abdominaux. La mortalité associée à cette maladie est élevée. Le virus est présent dans les selles du furet porteur et la contagion peut donc être très rapide en collectivité. Il est important de ne pas se contenter de l’observation d’une diarrhée verdâtre pour poser le diagnostic d’E.C.E.. De nombreuses autres causes peuvent provoquer l’apparition d’une diarrhée plus ou moins verte chez le furet (parasitisme, autres virus, insuffisance hépatique...). Réduire la coronavirose entéritique à une diarrhée verte peut conduire à un faux diagnostic et donc à une thérapie inefficace voire dangereuse. Le diagnostic est basé sur l’accumulation de preuves de la présence et des répercussions du virus sur l’état de santé du furet. La mise en évidence du virus se fait par écouvillon rectal.

Une analyse P.C.R. (amplification de l’ADN in vitro) permet de retrouver les traces génétiques du virus présent dans les selles. Une échographie abdominale permet en outre de visualiser les ganglions abdominaux de taille augmentée et de faire un prélèvement de cellules (cytoponction échoguidée) à des fins d’analyse par un laboratoire d’histo-pathologie.
Des prises de sang vont révéler une anémie (diminution du nombre de globules rouges) et éventuellement une insuffisance rénale et/ou hépatique. Ces modifications sont le résultat de la détérioration de l’état de santé de l’animal. À partir de l’ensemble de ces résultats et des symptômes présentés par le furet, il sera alors possible de poser le diagnostic d’E.C.E..

Il est important de noter que la simple mise en évidence par P.C.R. du virus dans les selles du furet ne permet pas de conclure que l’animal est malade. Cette analyse doit être interprétée en fonction de l’état clinique du furet, de la charge virale présente dans le prélèvement (la quantité de virus présent) et des résultats des autres examens complémentaires. Par ailleurs, cette technique ne permet pas de séparer les différents types de coronavirus et n’est donc pas spécifique de l’E.C.E.. Il convient donc d’interpréter avec précaution les résultats de cette analyse, notamment dans le cadre d’un dépistage. Par exemple, un furet dont le résultat est positif mais avec une quantité de virus faible et ne présentant qu’une simple diarrhée sans répercussion sur son état de santé ne peut pas être considéré avec certitude comme étant atteint d’E.C.E.. Il peut être porteur d’un coronavirus mais la cause de sa diarrhée est probablement différente.

Concernant les traitements, la prise en charge passe par une réhydratation efficace (perfusion par voie intra-veineuse), des traitements anti-douleur, anti-diarrhéique, antibiotiques digestifs et des anti-inflammatoires (corticoïdes). Il n’existe pas à l’heure actuelle de traitements spécifiques du virus.

Malheureusement le pronostic à long terme reste réservé et les furets finissent généralement par mourir de dénutrition. L’euthanasie doit être envisagée si les traitements instaurés se révèlent inefficaces. Le caractère fortement contagieux nécessite de prendre des précautions : mise en quarantaine des nouveaux entrants dans un élevage, hygiène, nettoyage et désinfection des cages.

La coronavirose systémique


Cette maladie décrite pour la première fois en 2008 a comme point commun avec l’E.C.E. d’être véhiculée par un coronavirus. La proximité des symptômes avec la péritonite infectieuse féline (P.I.F.) a longtemps fait penser que cette maladie était due, comme chez le chat, à une mutation du coronavirus entéritique (E.C.E.). En effet chez le chat, il a été démontré qu’un coronavirus digestif responsable de diarrhée avait la capacité de muter et de toucher l’ensemble de l’organisme et d’atteindre d’autres organes que le tube digestif (reins, foie par exemple).
Chez le furet, la coronavirose systémique a aussi des répercussions générales : troubles digestifs, troubles respiratoires, troubles nerveux. Le parallèle entre la P.I.F. et la coronavirose sytémique a donc été fait et la supposition que le virus de l’E.C.E. pouvait aussi muter et se transformer en coronavirus systémique. Il semble cependant que cette supposition ne corresponde pas à la réalité. Récemment, une équipe de chercheurs a démontré que les deux virus n’étaient pas si proches et qu’il ne pouvait s’agir d’une mutation.

La coronavirose sytémique du furet est une maladie qui touche l’ensemble de l’organisme du furet. Elle est responsable de lésions sur de nombreux organes et donc peut conduire à de nombreux symptômes. Il n’existe donc pas de symptômes univoques et des examens complémentaires sont à nouveau indispensables afin d’obtenir un diagnostic précis. Une prise de sang révèle généralement une anémie marquée, éventuellement une insuffisance rénale, une augmentation du taux de protéines importante. L’échographie permet de révéler des modifications des reins, du foie, de la rate, des ganglions).

Des biopsies d’organes peuvent être pratiquées au moment de l’échographie ou à la faveur d’une intervention chirurgicale
Leur analyse par un laboratoire d’histo-pathologie permet d’obtenir un diagnostic de quasi-certitude. Les lésions microscopiques présentes dans les organes sont généralement très spécifiques de l’infection par le coronavirus
systémique. Différentes méthodes d’observation microscopique sont cependant indispensables à l’obtention du diagnostic.

La recherche de l’ADN du virus par P.C.R. sur du sang ou à partir de prélèvements d’organes est également sujette à une interprétation globale comprenant les symptômes et les résultats des autres analyses. Comme indiqué plus haut, la P.C.R. ne fera pas la distinction entre les différents coronavirus. C’est le site du prélèvement et la charge virale associés aux autres résultats qui permettront d’interpréter un éventuel résultat positif.
Le traitement est dans ce cas également non spécifique : perfusion, antibiotiques, anti-inflammatoires. Des essais d’utilisation de l’interféron (antiviral utilisé notamment chez le chat et le chien) sont en cours mais n’ont pas démontré jusqu’à présent une efficacité probante. Il est possible d’obtenir une stabilisation de l’état du furet mais l’issue est invariablement le décès de l’animal. Le mode de contamination n’étant pas clairement connu, des mesures de prévention sont indispensables lorsqu’un individu est contaminé : isolement, nettoyage et désinfection de la cage, proscrire tout contact avec des furets sains.

Pour conclure, la connaissance des coronaviroses du furet n’en est encore qu’au début. La découverte récente d’un troisième type de coronavirus montre bien que de nombreuses études et recherches sont indispensables afin de caractériser au mieux ces maladies et d’améliorer les techniques de diagnostic. Le diagnostic est parfois long et coûteux et son interprétation délicate. La technique de P.C.R. ne doit pas être interprétée isolément des autres résultats d’analyse. La prise en charge médicale n’est pour l’instant pas spécifique car il n’existe aucun médicament antiviral dont l’efficacité a été démontrée. Des stabilisations de l’état sont possibles mais une guérison de l’animal est à ce jour inenvisageable. La transmission des virus étant plus ou moins comprise, un diagnostic de coronavirose, quelle que soit la forme, implique un isolement de l’animal malade vis-à-vis d’autres furets.




Article issu du Fufus Magazine n°15 et écrit par le Dr Samuel SAUVAGET et le Dr Emmanuel Risi

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